mercredi 16 août 2017

Un big bang intellectuel, stratégique, démocratique, pour reconstruire le PCF du 21ème siècle



Voici ma contribution en préparation du congrès extraordinaire du PCF en 2018 : clarifications et ruptures...

Suite à l’élection présidentielle et aux élections législatives, la direction du PCF a décidé l’organisation d’un congrès extraordinaire dès 2018. Ce congrès doit apporter des clarifications et des ruptures majeures pour élaborer une stratégie de transformation sociale et reconstruire le PCF du 21ème siècle.
Le PCF doit redevenir un parti politique de première division. Il doit porter l’étendard du communisme en France où le capitalisme s’est développé, s’est transformé, et a peut-être, historiquement, déjà fait son temps.

L’écroulement de l’URSS et des pays satellites en 1990, marqués par le goulag et les crimes, n’invalide pas la portée universelle du communisme, pas plus que la Saint-Barthélemy n’a mis en défaut les valeurs du christianisme.
Au niveau international, restons les yeux ouverts, arrêtons la fascination romantique pour les dictatures populaires, ça ne mène nulle part. Car, au nom de la lutte contre l’impérialisme, il faudrait justifier l’injustifiable : la répression, la torture, les prisonniers politiques. Il faut en finir avec les caricatures, la politique de l’autruche, sacralisant ce qui se passe dans certains pays, sans lâcher d’un pouce la solidarité mondiale des peuples exploités et des opprimés.
La reconstruction du PCF se jouera par sa crédibilité au niveau international. Il faut rompre définitivement avec des pratiques, des méthodes dévastatrices pour les valeurs et les idéaux du communisme, pour le bien commun des valeurs universelles.
Au vu de la situation chaotique au Venezuela, je constate que les vieux démons du stalinisme sont toujours à l’œuvre.
Face aux paradoxes et aux contradictions de plus en plus violents et brutaux qu’exprime notre société, un renouvellement intellectuel approfondi est impératif : retrouver une radicalité politique pour reconstruire un PCF avec et au service du peuple.
Depuis des années, les stratégies poursuivies sont en décalage voire en divorce avec les réalités. C’est la cause principale de notre déclin électoral. Le premier tabou à lever et à explorer c’est d’examiner notre responsabilité.
Posons-nous les bonnes questions. A quel niveau se situe la responsabilité du PCF et de ses dirigeants ? Comment en sommes-nous arrivés à une telle situation ?
J’évoquerai les éléments d’une étude citée dans le rapport de Pierre Laurent, qui, pour moi, résume l’essentiel : « Les enquêtes qualitatives sur l’électorat Front de Gauche montrent que si celui-ci crédite le PCF des conquêtes sociales du 20ème siècle et l’intègre dans le patrimoine historique et politique de la France, reconnaît l’action positive des collectivités gérées par les communistes, il ne le considère pas comme une force apte à comprendre et résoudre les problèmes du 21ème siècle ».
Inutile de nous trouver des alibis, des excuses, en incriminant le PS, le capital, ou les médias. Regardons la réalité en face, ouvrons un débat national, sans a priori, une confrontation idéologique, politique et même philosophique. Il est temps de dire stop, ça ne peut plus durer !
Reconstruisons le PCF du 21ème siècle, sinon, c’est la mort annoncée de notre parti !
Réapproprions-nous le terrain politique, n’esquivons aucun sujet.  
Depuis quarante ans, le PCF s’est littéralement effacé de la carte électorale française, l’abstention a progressé inéluctablement et le FN a provoqué une véritable marée noire.

Prendre à bras le corps la question de l’abstention et du vote FN

Quand allons-nous enfin analyser la signification de l’abstention ? C’est une question de fond, un travail prioritaire à réaliser pour comprendre les motivations, les raisons de cette grève des urnes de millions d’hommes et de femmes pour lesquels le vote communiste n’est plus fédérateur.
La progression du vote Front National, dans les différents scrutins, doit également nous interpeler. Pourquoi d’anciens électeurs communistes se sont-ils retournés vers le vote d’extrême droite ?  Qui sont les électeurs du FN ? Comment s’adresser à eux ? Comment les aborder, les écouter et analyser leur point de vue ? Ce travail est indispensable eu égard à la réalité géopolitique de l’explosion exponentielle de l’abstention et des votes extrêmes. On le voit en particulier dans différents partis européens, mais également dans l’élection de Trump aux Etats-Unis.
Ces questions, nous n’avons pas d’autre choix que de les prendre à bras le corps. Car aucun espace ne doit être consenti à l’extrême droite, sous peine d’être hors-jeu de la scène politique. Ce travail d’analyse va inévitablement nous bousculer mais, il sera salutaire pour remettre notre projet politique sur pieds.
N’éludons aucun sujet : ghettos sociaux et ethniques, ghettos pour riches, sécurité, drogue, mafias, islamisme sur fond de déracinement ouvrier, du monde rural, territorial et national… Abordons les violences urbaines qui gangrènent la vie de nos enfants et de nos quartiers. Je pense notamment à certains quartiers communautarisés où des adolescents sont de plus en plus enfermés et endoctrinés dans une culture anti France, sur fond d’antisémitisme et de racisme anti blanc.
Le PCF doit aller à la reconquête de ces questions de fond. Il doit être porteur de réponses nationales et internationalistes, pour en finir avec les ghettos et la misère sociale, culturelle, spirituelle et politique.
Osons remettre à l’ordre du jour les questions de l’autorité, du respect, des limites et de la civilité.
Défendons plus que jamais ce qu’il y a de meilleur dans notre République : les pouvoirs régaliens de l’Etat, la laïcité, l’identité de la France, la question de la Nation. Car, l’idée républicaine reste une idée neuve pour redéfinir un idéal libérateur. Conserver l’état nation comme cadre politique principal devient un combat vital. Une vraie menace existe avec la mondialisation et une Europe sans frontières.

Un capitalisme cynique et sans pitié

Aujourd’hui, la réalité du capitalisme doit être examinée avec soin de par son évolution et les bouleversements spectaculaires intervenus depuis 1968. C’est une transformation en profondeur qui nous a été infligée : modes de vie, mœurs, pratiques sociales, un capitalisme mondialisé avec les conséquences que l’on connaît.
Avec la montée en puissance d’un capitalisme financier prédateur, la situation géopolitique a été totalement modifiée, toutes les avancées historiques acquises depuis le 18ème siècle grâce au mouvement ouvrier et à la sphère intellectuelle ont été systématiquement remises en cause et avec elles, les valeurs humanistes d’émancipation, les droits de l’homme, leur portée en France et en Europe.
Confrontée à la tyrannie du profit maximum à court terme, à la dictature du moindre coût, avec le salaire comme variable d’ajustement, on peut aisément observer la rupture entre la logique du profit et l’intérêt général. C’est l’épreuve de force d’un capitalisme ivre de sa propre puissance.
Parallèlement, et ce depuis les années 1970, s’est développé un capitalisme de la séduction, libéral, libertaire. Un capitalisme du divertissement, du loisir, de la communication, du marketing et de la publicité. Un formatage des populations enfermées dans des grandes zones de chalandises et des paysages défigurés.
La société est devenue un immense hypermarché où tout s’achète et tout se vend, moyennant sa carte bleue ou son smartphone. Tout est marchandé, même la vie privée, c’est le consumérisme. L’économie s’est dévitalisée, l’industrie abandonnée à la sous-traitance, à la filiation et à la délocalisation. Après les 30 glorieuses, nous venons de vivre plusieurs décennies décadentes où la vie quotidienne serait uniquement matérialiste. C’est tout juste si on ne nous propose pas de nier notre façon d’être, notre art de vivre. Tout ce qui fait que la France est la France et que nous sommes fiers d’être Français.

Avec Macron : la gouvernance contre la République

Le séisme qui a eu lieu avec l’élection d’Emmanuel Macron  et  son mouvement « La République en Marche », bouleverse 50 ans d’histoire d’une vie politique et institutionnelle au bout du rouleau et complètement sclérosée. C’est le retour aux sources de la Vème République, de la monarchie présidentielle prise en main par une nouvelle bourgeoisie qui se dit progressiste, moderniste, avant-gardiste et même révolutionnaire. Elle vient se placer en pleine harmonie avec ce capitalisme cynique, sans pitié et sans frontière.
On peut remercier François Mitterrand pour cette victoire historique, un coup d’État permanent qu’il a initié en 1983, conforté par le gouvernement Jospin et François Hollande qui a finalisé le sale boulot ! La bourgeoisie traditionnelle, républicaine est de fait mise hors concours, s’étant reniée du gaullisme historique et de son dernier représentant, Philippe Seguin. Avec Chirac, Juppé, Sarkozy, Fillon, c’est le retour de l’OTAN et de l’Europe contre les nations. Le PS d’Epinay est mort et le PCF a été inscrit aux abonnés absents en devenant un parti politique de seconde zone. 
Nous assistons à la fin d’une période historique, c’est la fin d’un cycle d’un demi-siècle.
Une fracture politique majeure s’est consolidée avec les classes populaires trahies et sacrifiées. La France périphérique et rurale s’est réfugiée dans l’abstention et le vote FN. La France de 2017, est une France duale, à plusieurs vitesses.
Oui les lendemains vont être douloureux, avec en prime, du sang et des larmes. Car l’abstention et le vote FN expriment un profond malaise. Au risque de me répéter, j’affirme que notre société renferme des germes de guerre civile qui peuvent déboucher sur des mouvements insurrectionnels, sur fond de terrorisme islamique. Il est grand temps de sortir du déni du réel. S’inquiéter de l’islamisme et avoir une réflexion critique sur l’islam radical devient un impératif pour le PCF.

Rompre avec une stratégie du passé dépassée

Ce congrès extraordinaire, s’il a lieu, doit être en rupture avec la stratégie poursuivie depuis 40 ans, reproduisant le programme commun inspiré d’une démarche politique datée, inadéquate avec l’époque contemporaine.
Il ne faut surtout pas tourner la page du 20ème siècle comme certains nous le proposent. Il faut au contraire examiner les différentes séquences, en particulier les années 70 qui ont marqué historiquement la gauche et le PCF jusqu’à ce jour :
  • En 1972, la signature du programme commun du gouvernement (PS, PCF, Radicaux).
  • En 1974, François Mitterrand devient, à notre initiative, le candidat unique de la gauche à l’élection présidentielle.
  • En 1977, c’est l’échec des discussions PS/PCF sur l’actualisation du programme commun.
Bien évidemment, il faudrait examiner d’autres évènements au niveau national et international.
Pour la population, après les grèves et le mouvement étudiant de mai et juin 1968, des exigences nouvelles s’expriment, et surtout se fait de plus en plus pressante, au niveau politique, la volonté de battre la droite qui dirige le pays depuis 1958.
A notre insu nous avons privilégié finalement François Mitterrand et le parti socialiste. En signant le programme commun et surtout en faisant de François Mitterrand le candidat unique de la gauche en 1974, il est devenu de fait le représentant de toute la gauche.
En dénonçant l’échec des négociations pour actualiser le programme commun en 1977, nous sommes pris à contre-pieds et surtout le PCF apparait comme le diviseur pour des millions de Français.
Résultat en 1981, François Mitterrand est élu président de la République quand le PCF perd un quart de ses voix, le début de la dégringolade !
Deux ans plus tard en 1983, François Mitterrand tourne le dos aux engagements du programme commun et le PS œuvre pour adapter la politique de la France au système capitaliste dans le cadre européen.
Nous resterons enfermés malgré tout dans cette stratégie d’union de la gauche en panne de vision et de renouvellement sur l’évolution du monde.
La poursuite de cette stratégie erronée et le fonctionnement autocratique du parti ont créé un désamour massif chez les militants communistes, avec une dilapidation du capital militant. Avec une direction de plus en plus enfermée dans une logique institutionnelle et partisane, c’est l’arrêt du travail théorique et philosophique des adhérents communistes. J’en veux pour preuve l’arrêt de l’activité nationale du Comité Central dans les 43 plus grandes entreprises de France.
Le PCF perpétue sa stratégie du passé, enfermé de manière étroite, dans l’économisme. On l’a vu dès 1989 au moment où nous avons commencé à abandonner l’idée d’une rupture avec l’Europe du capital, de la technocratie de Bruxelles devenue l’auxiliaire des USA. Malgré la bataille contre Maastricht, après le référendum de 2005, nous avons créé le Parti de gauche européen (PGE), une politique ambiguë vis-à-vis de l’Europe capitaliste. Ce qui a permis, jusqu’à ce jour, à la direction du PCF, de verrouiller tout débat sur l’euro et la remise en cause des traités.
En 1989 aussi, un vent de contestation s’est construit, avec les refondateurs, récusant la forme structurelle du parti. Avec la chute de l’URSS, l’existence même du PCF est remise en question. Certains militants, les « orthodoxes » resteraient figés dans un communisme rétrograde. Pour d’autres, refonder le PCF, créer un communisme « nouvelle génération » serait indispensable. Mais le débat de fond sur une stratégie nouvelle n’a jamais vraiment eu lieu.
Le PCF s’est engoncé dans les institutions et la démocratie libérale, au détriment de la vie de l’organisation, de son implantation au sein des entreprises, des classes populaires, du monde du travail et intellectuel. Tout cela s’est fait au détriment du travail théorique et philosophique, oubliant le fil de la lutte des classes. Cette stratégie perdure, aggravée par une direction à tête multiple et sans envergure. On l’a observé pour les municipales de 2014 et les régionales de 2015, avec des réponses nationales à géométrie variable, niant délibérément la souveraineté des communistes, en mettant au pilori des militants de base qui expriment publiquement leur désaccord avec les orientations.

L’heure des clarifications a sonné !

Plusieurs clarifications sont indispensables. Le droit d’inventaire de notre rôle, depuis 1997, dans le gouvernement Jospin, n’a jamais été fait. Ces cinq années ont été mortifères pour notre parti, comme si le bilan de Colonel Fabien avait été déposé. On nous a fait avaler des couleuvres pour accompagner le social-libéralisme. Le trio Jospin Hollande Hue a fonctionné à plein régime. On invente la gauche plurielle en juillet 1997. L’originalité du groupe communiste à L’Assemblée Nationale constituait la clé de voute pour que la gauche soit majoritaire dans les votes décisifs.
Comme je l’ai observé le travail de Robert Hue était d’empêcher toute opposition du groupe pour laisser passer des textes essentiels alors que nous étions unanimes pour voter contre. Je citerai deux exemples qui m’ont frappé. Sur la Sécurité sociale et la directive européenne de l’électricité : une nouvelle réunion a lieu pour modifier notre position et passer d’un votre contre à l’abstention. Bien évidemment il était marqué défendu de voter contre le budget, malgré la grogne voire la colère des députés. La gauche plurielle est devenue la gauche plus rien !
La mutation-liquidation, initiée par l’équipe de Robert Hue, a été en fait un travail méthodique pour tenter de dépouiller le PCF de tout ce qui a fait ses points forts et sa crédibilité politique nationale au cours du 20ème siècle. Comme s’il fallait effacer les choix faits à Tours en 1920 lors de la création du PCF et que tout devait être changé ! Le droit d’inventaire s’impose.
Pourquoi faudrait-il refaire les fondations du parti ? C’est la question que je me pose. Tout confirme, au contraire, qu’il faut reconstruire le PCF sur ses bases originelles pour mener les combats révolutionnaires du 21ème siècle.
On ne peut pas suivre Pierre Laurent : « Pour une révolution politique de notre parti et de son projet …  Car nous avons accumulé au cours des 15 dernières années, de nombreux ingrédients indispensables à cette réinvention… Jeter les bases de notre nouvelle organisation communiste… ».
En d’autres termes, il faudrait poursuivre les orientations engagées sous Robert Hue et Marie-George Buffet. En somme, l’actuelle direction nous suggère de nous autodétruire à petit feu !
C’est un programme dont on connait déjà le désastre ! Ce congrès extraordinaire a réellement besoin d’une sévère autocritique de nos dirigeants, responsables des choix faits depuis le congrès de Martigues. Un chemin qui nous a menés droit dans le mur !
Notre accompagnement actif envers le gouvernement Jospin puis, lors du Congrès de Martigues, notre posture vis à vis du PS,  sont confirmés par les relations continues de Robert Hue avec le Président François Hollande. Le bouquet aujourd’hui c’est Robert Hue aux premières loges du meeting de Bercy, aux côtés du candidat Macron.
Nous trainons plusieurs boulets aux pieds et donnons toujours l’impression d’être accrochés à une stratégie du passé et dépassée. Nous sommes dans une impasse. L’union de la gauche est morte et enterrée.
Les nombreuses tentatives pour remettre en cause le nom du PCF et notre identité, ont mobilisé l’opposition des communistes. Nous nous effaçons, d’année en année, en gauchisant notre discours. On l’a vu de manière évidente avec les collectifs antilibéraux et la création du Front de Gauche. Mieux, dès 2011, et à nouveau en 2016, nous avons laissé le leadership à Jean-Luc Mélenchon, l’homme qui assume totalement son passé de mitterrandiste, le ministre de Jospin qui a cautionné de bout en bout la politique socio-libérale.
C’est une stratégie qui a coûté extrêmement cher au PCF, mettant à l’écart des milliers de militants et nous coupant, pour une part importante, du monde intellectuel.

Le PCF parti du passé ou  une stratégie du passé ?

Nous devons nous rappeler que la gauche s’est constituée lors des 19ème et 20ème siècles autour de deux fondamentaux : les idées réformistes et les idées révolutionnaires avec sa part libertaire.
Confirmer les choix de Tours devient une question cardinale pour renforcer nos options anticapitalistes et créer les conditions pour que le peuple prenne lui-même ses affaires en main. Voilà le défi auquel nous sommes confrontés.
Les communistes ont appris, à leurs dépens, qu’ils n’avaient pas réponse à tout. Être avant-gardiste ne se décrète pas, d’autant qu’il n’y a pas ou plus de maître à penser ou de prêt-à-penser. Leur originalité, leur identité, les communistes devront la construire au cœur de la société, dans une démarche d’autogestion, de conquête des pouvoirs partout où l’on peut les conquérir, du quartier à l’entreprise.
Cette conquête des pouvoirs, cette démarche autogestionnaire, c’est aussi l’affaire des citoyens. C’est un appel à la coresponsabilité, à la coproduction, vecteur essentiel d’épanouissement personnel. La fracture politique est telle que l’élection au suffrage universel a atteint des limites. Et, tout le prêchi prêcha de la gestion participative n’y change rien. Il faut changer d’époque pour impliquer les citoyens petit à petit vers la codécision, à tous les niveaux de la société, les impliquant le plus possible, quels que soient les domaines et les sujets.
En continuant à se fondre dans les institutions politiques comme il le fait, le PCF n’a forcément plus de raison d’être, car tout concourt à renforcer la technocratie, à exclure les classes populaires. Le marketing et le management se sont substitués à la République, l’objectif étant de mettre fin à la vie des communes. En mettant fin à la vie démocratique, en faisant exploser le maillon de base de la République, petit à petit, on technocratise la politique. Le modèle lyonnais de métropolisation  en est un exemple flagrant.
Nous devons nous engager à ressourcer le militantisme, nous réarmer pour combattre un système politique qui fonctionne au détriment de la France périphérique. Nous constatons que les ouvriers et les employés sont absents des représentations politiques. C’est une France à deux vitesses qui se développe. Les milieux populaires, loin des centres villes embourgeoisés, vivent principalement dans des cités d’habitat collectif, des zones pavillonnaires du péri-urbain ou des espaces ruraux éloignés. Une population méprisée par une partie du monde politique, intellectuel  et médiatique, des classes populaires stigmatisées, étiquetées  comme « racistes, autoritaristes, sexistes et culturellement fermées ».
Retrouver des références au monde ouvrier, à la lutte des classes, tel est l’impératif du PCF pour se reconstruire, reprendre la place que nous avons abandonnée. Il faut redevenir la force subversive et populaire dont le peuple a besoin, ne pas faire à sa place, construire des outils collectifs qui rassemblent largement et mettent en évidence tout ce qui contribue à la contestation du capitalisme.
On ne peut pas résumer, comme certains le voudraient, l’histoire du PCF sous l’angle du stalinisme, ce serait pour le moins réducteur. Le communisme a joué un rôle essentiel dans la France du 20ème siècle avec le PCF, un parti communiste force de mobilisations et de promotions du mouvement ouvrier et paysan.

Une nouvelle stratégie : l’union du peuple de France

L’union du peuple de France, selon moi, est la stratégie diamétralement opposée à l’union de la gauche, du moins, de ce qu’il en reste aujourd’hui. Une alliance nouvelle, avec les classes moyennes, confrontées, elles aussi, à la tyrannie du capitalisme financier. Nous ne devons pas viser « le peuple de gauche ». Nous devons, au contraire, retrouver le sens du peuple, avec comme seul objectif de porter les attentes du peuple tout entier.
Cette union est un enjeu fondamental pour bâtir une stratégie nouvelle, construire des rassemblements, favoriser des mouvements, créer des résistances, des mises en commun pour une vie digne, faite d’humanité, de respect, d’individus envieux de liberté, prêts à agir et à construire, en coresponsabilité et en coproduction. Cette nouvelle stratégie devra s’appuyer sur nos forces militantes, nos élus, tous les acteurs qui portent au quotidien, cette exigence du vivre ensemble, avec des citoyens responsables, acteurs et décideurs de leur propre vie.
Ouvriers, ingénieurs, cadres, techniciens, l’ensemble de la classe ouvrière doit retrouver sa place centrale, sortir des visions corporatistes, porter des communautés d’intérêts, en lien avec questions locales et globales. L’histoire de notre parti, ses luttes, ses combats, sont un point d’appui fondamental pour ouvrir ces nouvelles perspectives.
Dès aujourd’hui, nous devons travailler à des revendications sociales et politiques, en leur donnant une dimension de portée générale et universelle. C’est le cas de la massification du travail féminisée du secteur des employés, confrontée à des conditions de travail de plus en plus difficiles. Cette « mal-vie au travail » doit nous servir de levier pour porter haut et fort la question des salaires, pour aller à la conquête des pouvoirs et résister au mastodonte technocrate et aveugle du capitalisme, ce magma anonyme qui méprise la liberté individuelle et l’égalité femmes / hommes.
L’union du peuple de France concerne aussi les patrons des TPE, voire les dirigeants des PME-PMI, placés sous la dictature de la finance, de la technocratie, du harcèlement textuel et de l’asphyxie des normes.
Bien évidemment, notre regard doit vraiment changer vis-à-vis de l’artisanat et du petit commerce, complètement garrotés par les grands donneurs d’ordres.
Redonnons du sens à l’action collective au niveau économique et social, mais aussi culturel et politique, tout en conservant notre volonté d’une véritable rupture avec le système capitaliste. Redonnons du sens à l’intérêt général face à l’individualisme grandissant.  Il n’est pas de transformation possible qui ne remette en cause le rapport de propriété, pour assurer l’égalité et la distribution des biens sociaux, et, pour la majorité des travailleurs, l’accès à la propriété des moyens de production.
L’autogestion avec de nouvelles nationalisations voire renationalisations, dans le secteur industriel et financier doit changer la donne. Les critères de gestion et la finalité de l’activité doivent être partagés en termes de codécision. Il faut combiner l’activité économique et la promotion des femmes et des hommes. Nous devons redonner ses lettres de noblesse au comité d’entreprise qui a été détourné de sa mission originelle depuis 1968. Car l’obligation d’intervenir sur les stratégies industrielles, financières, sociales et commerciales est fondamentale pour remettre en cause les critères de gestion capitaliste inscrits dans la concurrence libre et non faussée. Replacer vigoureusement les nationalisations au centre du combat politique pour, à nouveau, démontrer l’originalité du modèle social français inspiré du CNR, c’est bien notre meilleur argument politique décomplexé.
Il n’y a pas de mystère, ce qui a marché pour les 30 glorieuses, ce sont ces réformes nées d’un système économique et social où public et privé s’épaulaient mutuellement.
Il n’y a aucune raison de capituler comme cela a été fait massivement sous le gouvernement Jospin devant les dogmes de la nomenclature du capital. Car se priver des nationalisations c’est abandonner notre souveraineté nationale.
Comment créer les conditions de cette résistance au capitalisme ? Comment nourrir de nouvelles revendications émancipatrices, ouvrant à de nouveaux horizons ? Comment unir les communautés d’intérêts pour le droit à la ville, le droit au beau, le droit de vivre, d’étudier, de travailler en sécurité ?
Plusieurs pistes de travail peuvent, d’ores et déjà, être engagées :
  • Faire converger les préoccupations et les solidarités entre les habitants de toute une ville, voire d’une agglomération pour en finir avec les ghettos sociaux et ethniques. Une violence endémique se retrouve dans de multiples communes et territoires. La jeunesse, les enfants, les femmes sont les plus exposés et concernés par une vie chaotique. Des millions de personnes vivent ces mêmes réalités au quotidien. A nous, les communistes, d’imaginer, d’élaborer des propositions sociales et politiques de luttes et d’unions d’envergure pour le droit à la reconnaissance et à la dignité. A nous de faire converger ces exigences au niveau local, régional et national.
  • Construire des réponses sociales et politiques face aux émeutes urbaines, à l’exemple des « 500 frères » en Guyane, dénonçant les questions d’incivilité, de délinquance, de pourrissements insupportables. Grâce à leurs actions, ils ont porté des esquisses sociales et politiques d’exigences anticapitalistes.
  • Construire des réponses sociales et politiques sur la question de l’islam, deuxième religion de France. Tendons la main aux Français de culte musulman, comme nous l’avons fait avec les chrétiens, pour un islam compatible avec la République et la laïcité. Construisons des convergences en favorisant la mobilisation, l’engagement, la prise de parole des intéressés eux-mêmes pour refuser l’islam politique, l’islamisme et faire acte de citoyenneté dans la ville, dans l’entreprise ou au bureau, pour mieux vivre dans la fraternité et le respect. Encourageons le développement d’un islam des Lumières, en luttant contre la propagation idéologique de « l’islam obscurantiste ». Des bonnes volontés existent.

Le Parti communiste, parti de l’autogestion 

Engager une véritable politique de rupture, analyser, sans concession, le rôle du parti, est indispensable pour élaborer une stratégie et reconstruire le PCF du 21ème siècle. C’est un véritable big bang intellectuel, stratégique et démocratique  qui doit avoir lieu.
Le PCF a besoin de retrouver son autonomie comme parti politique au service du peuple de France. Il doit impérativement combiner lutte sociale, lutte économique, lutte culturelle et combat politique. Telle est notre raison d’être. Pas un PCF pour soi ou en soi.
Il est temps de porter un coup d’arrêt à sa dilution en portant, le plus loin possible, la dimension révolutionnaire au sein de la gauche, de cette passion française du communisme et remettre au centre notre travail intellectuel, philosophique et stratégique.
Le communisme doit pousser jusqu’au bout, les ruptures avec le capitalisme. Tout doit graviter autour des exigences du peuple, du monde du travail et de sa mise en mouvement, loin des logiques partisanes ou des logiques d’état-major ; nous en avons un bel exemple avec le Front de Gauche qui nous l’a fait payer cash.
Encourageons l’émergence d’une société au service de l’homme, acteur et décideur, en coresponsabilité, en coproduction. Mettons au cœur de nos actions la responsabilité individuelle pour des combats collectifs, fructueux et porteurs d’issues positives. Il y a besoin d’articuler dans cette démarche la transformation personnelle et la transformation sociale.
Face à la faillite du capitalisme, à une crise économique et sociale sans précédent, à l’explosion du chômage, aux questions d’insécurité, nous devons apporter des réponses concrètes, bâtir une stratégie autour de l’idée communiste.
Tous les principes qui régissent l’économique, bouleversent et brutalisent l’existence humaine, tant au niveau de la production qu’en matière de consommation. De ce pourrissement, nous devons faire émerger les valeurs et les idéaux du communisme. C’est à ce combat que nous devons nous consacrer.

Qu’est ce qui doit changer au PCF ?

De la souveraineté des adhérents à la liberté de chaque communiste, où en sommes-nous ?
Pour faire du PCF le parti de l’autogestion capable de construire cette union du peuple de France, il faudrait commencer  par nous l’appliquer à nous-même. Car nous ne pouvons être un parti politique comme les autres, sous peine de ne plus faire partie du panorama politique.
Cela veut dire qu’il faut ouvrir sans limite, sans à priori, la possibilité d’explorer des points de vue politiques contradictoires, voire en opposition avec les choix de nos derniers congrès et de celui de ses dirigeants :
  • Clarifier la gestion politique du gouvernement Jospin
  • Le choix de la mutation-liquidation
  • La création du Front de Gauche
La candidature de Jean-Luc Mélenchon, en 2011 / 2016
Le moment est venu de rompre avec la stratégie d’union de la gauche mise en œuvre depuis 40 années et de couper le cordon ombilical avec le PS. Si cette stratégie n’était pas la bonne, il faut le dire, l’assumer et en changer, adopter un langage de vérité.
Rendons possible ce débat. Innovons avec la possibilité d’organiser des votes à chaque étape de la préparation du congrès extraordinaire en refusant de nous enfermer dans un débat à choix unique. Reprenons l’idée que la feuille de route soit fixée à partir d’une assemblée générale des délégués de sections, avec un vote qui deviendrait la décision commune à  mettre en œuvre pour la suite.
Être le parti de l’autogestion, c’est faire que l’adhérent devienne acteur et décideur. C’est peut-être cela la révolution du PCF.
Rassembler les communistes est un impératif. Pour cela il faut du courage pour clarifier la situation, accepter de rompre avec une stratégie du passé, pour reconstruire un PCF au service de la France populaire, en remettant au centre du débat public et national, notre point de vue politique sur la souveraineté populaire, en plaçant le peuple comme acteur de premier plan.
Être porteur d’une alternative crédible au capitalisme et à la mondialisation :
  • Elaborer un projet politique, nourrir les idées et les valeurs, en portant le fer sur l’affrontement droite / gauche sur tout ce qui fonde les valeurs authentiques de la gauche et de l’existence du PCF.
  • Nous devons surprendre et regarder d’un œil neuf, en nous adressant au peuple tout entier, autour des principes et des valeurs qui nous rassemblent, car pour les communistes, l’intérêt général tourne autour de la Nation, de la République et la laïcité, en dépassant l’esprit partisan.
La République est au cœur de l’histoire de la gauche et du PCF. On se rappelle l’idée forte que nous avons portée du mariage du drapeau rouge et du drapeau tricolore. Les communistes doivent retrouver de l’authenticité, du parler vrai. Rechercher et accepter la controverse, le débat politique, philosophique et théorique, avec comme constante retrouver le sens du peuple, pour une reconquête électorale et un impératif moral.  
L’avenir du PCF se joue ici et maintenant. Il faudra encore bien des épreuves pour dégager cette force communiste qui ne craint pas de s’en prendre à l’ordre social et ouvrir enfin de véritables perspectives d’un changement de société.

Un big bang intellectuel

S’ouvre devant nous un immense travail intellectuel à renouveler, enrichir, et actualiser pour penser aujourd’hui le combat communiste, retrouver de la crédibilité, nous obliger à des réflexions approfondies.
Nous ne partons pas de rien. Il y a une culture communiste qui imprègne les réalités françaises. Notre héritage est important.
Nous devons relancer et poursuivre audacieusement la vie du PCF dans les années 60/70, sur notre approche de la culture, pour une démocratie avancée, pour la reconnaissance du pluralisme et de l’alternance politique et nos idées fécondes du socialisme aux couleurs de la France, des amorces sur l’autogestion, avec un début tardif sur l’URSS et nous, et notre refus catégorique d’une conception où l’on accepterait l’idée du parti unique.
Beaucoup semblent s’arrêter aux années 80, enfermés dans cette stratégie d’échec de tête à tête avec le PS qui a conduit à notre marginalisation, à la perte de notre utilité, de notre légitimité.
Reprenons nos analyses et notre combat anticapitaliste pour combiner nos objectifs de transformation, le respect du pluralisme politique et de l’alternance, en considérant le pluralisme politique comme notre ADN de communistes. Le pluralisme politique, à gauche et à droite est une réalité sur fond de notre éthique républicaine, nous rechercherons la confrontation politique vigoureuse pour en finir avec les anathèmes, les caricatures, comme si être de droite ou supposé, était considéré comme être des ennemis de la République. Le PCF peut contribuer à redonner toute sa noblesse à la politique, pour le peuple et par le peuple, sans oublier que les femmes et les hommes vivent de passions.
Car les racines de l’être humain ne se résument pas rationnellement sous le sens étroit de l’intérêt. Retenons les leçons de l’histoire des grands sursauts collectifs. En chaque individu existent les instincts de domination, de révolte, de refus,  ou d’engouement  qui débordent et coexistent.
Notre analyse du populisme reste sommaire. Un travail s’impose pour des analyses sérieuses des réalités actuelles. On ne peut pas se contenter d’utiliser le mot populisme comme repoussoir. Examinons les contradictions exprimées par le peuple. Pour moi, c’est comme le cholestérol, il y a le bon et le mauvais populisme.
La question du populisme comme question politique ne peut plus, ne doit pas être une question taboue. Il nous faut chercher à comprendre les raisons de la dissidence des peuples qui marque la politique européenne.

Retour à Marx et ce que nous devons inventer

Comment se hisser à la situation d’aujourd’hui ? Un retour à Marx est indispensable. La théorie «  valeur / travail », la question de la durée du temps du travail, constituent toujours le nœud des conflits du capital travail. Quelle actualité !
Le développement du capitalisme, purement financier montre à quel point son principal obstacle c’est le capitalisme lui-même.
Si l’on refaisait aujourd’hui l’état des lieux, beaucoup plus précis et détaillé du capital, on y verrait à quel point sont pertinentes les thèses soutenues par Marx. Si l’effondrement du marxisme comme religion politique est difficilement discutable, tout prouve ces 20 dernières années, que Marx, quant à lui, a repris place dans les penseurs. La fin du marxisme dogmatique n’est pas la mort de Marx. Avec Marx, nous avons l’analyse du mode de production capitaliste et la critique de l’exploitation, de l’aliénation, de la domination.
Nous avons abandonné l’idée du grand soir, de l’utopie de la table rase, comme si dans les combats pour changer de société il fallait recommencer à zéro, avec l’illusion mortifère d’une humanité idéale. Nous devons élaborer une perspective émancipatrice en sortant de l’idéalisation de la classe ouvrière, sans oublier la lutte historique du mouvement ouvrier en considérant la vie sociale et politique du point de vue des plus défavorisés, avec un impératif universel de justice sociale.
A nous maintenant de reformuler les enseignements de la pensée de Marx et Engels, au-delà, revenir à Lénine et à Gramsci et beaucoup d’autres penseurs du 20ème siècle et début du 21ème (*), qui portent avec sagacité une radicalité qui remet en cause le système capitaliste dans une approche fondamentale, sans séparer les quatre dimensions : économique, technique, culturelle et politique. Telle est l’équation du renouveau de la pensée politique du PCF, la seule qui permette de redonner de la consistance à la construction d’une alternative de transformation sociale.
Nous avons besoin d’un PCF en contact direct avec le peuple, de retrouver un langage simple, des objectifs clairs, être compris et entendus des citoyens.
Engager une véritable rupture avec le système, c’est tout l’enjeu du big bang intellectuel pour reconstruire le PCF. Revenir au cœur de l’affrontement politique, défricher de nouvelles voies pour les luttes sociales à venir, poser la question du devenir collectif dans le respect de l’individualité, l’urgence d’élaborer un projet communiste.
Revisitons la culture communiste depuis Babeuf, Marx, et toute la richesse du PCF dans l’histoire de la France. Notre obligation à ouvrir des pistes nouvelles contribuera au renouveau de notre pensée communiste.
C’est notre raison d’être comme parti politique révolutionnaire.
Le PCF au travail !
Avec beaucoup de fraternité !
Contribution d’André Gerin

Vénissieux, le 16 août 2017



(*) Une liste non exhaustive de livres et leurs auteurs qui m’ont marqué,  et motivent mes réflexions :
  • Perry Anderson « Le nouveau vieux monde »
  • Paul Boccara « Le capital de Marx, son apport, son dépassement »
  • Michel Clouscard « Le capitalisme de la séduction »
  • Henri Jourdain « Comprendre pour accomplir »
  • Jean-Claude Michéa « Les mystères de la gauche »
  • Yvon Quiniou « Les chemins difficiles de l’émancipation »
  • Maximilien Rubel « Karl Marx, essai de biographie intellectuelle »
  • Lucien Seve « Marxisme et théorie de la personnalité »
  • André Tosel « Barbarie du capitalisme mondialisé ? »
  • Jean Vigreux et Serge Wolikow « Culture communisme au 20ème siècle »
  • Slavoj Zizek « La nouvelle lutte des classes »
  • Deux livres collectifs :   « Un manifeste pour une économie pluraliste » et     « Radicalité : 20 penseurs vraiment critiques »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire